Congrès de la CFDT à Tours, du 7 au 11 juin

Le scénario monté autour du congrès

Extrait d’informations ouvrières n°101 du 10 juin 2010

Toute la presse participe d’un scénario visant à présenter la CFDT comme hostile au gouvernement et à ses propositions de contre-réforme sur les retraites.

Le Journal du dimanche (6 juin), paru à la veille de l’ouverture du congrès de la CFDT, consacre un article à son secrétaire général, François Chérèque, en l’intitulant « Le nouveau “Monsieur non” ».
Le Midi libre (8 juin), rendant compte de la première journée du congrès de la CFDT, enfonce le clou : « Rien de tel pour se racheter. Le patron de la CFDT a déjà remporté son congrès en pilonnant la réforme des retraites. Oubliées les erreurs du passé, évanouie la main tendue au gouvernement en 2003 (…). En gauchissant ses actes, François Chérèque s’est assuré un succès d’estime auprès de ses troupes. La standing ovation d’hier est un thermomètre qui ne trompe pas (…). Le couple de l’exécutif est prévenu : cette fois, il ne faudra pas compter sur une défaillance syndicale pour jouer des coudes. »

La première journée du congrès de la CFDT, relatée ainsi par l’AFP, confirme le scénario : « “Nous n’acceptons pas la remise en cause des 60 ans !”, a lancé le secrétaire général, en conclusion d’une intervention de moins de trois quarts d’heure.
De longs applaudissements ont salué cette exclamation, et une partie de la salle s’est levée. “A voté”, a commenté dans un sourire le numéro un de la CFDT, au vu de la réaction des militants.
»

Mais derrière cette apparence, quelle est la réalité ? Dans une interview à Ouest- France, le samedi 5 juin, François Chérèque explicite ce qu’il en est en fait. Le journaliste lui pose la question : « Quelles sont, pour la CFDT, les conditions d’une réforme efficace et juste ? » Et Chérèque de répondre : « Au congrès de Tours, on souhaite baser notre démarche à venir sur trois principes. Un, c’est la durée de cotisation l’élément le plus juste. Deux, la convergence des 37 systèmes de retraite qui existent en France est une nécessité (…).
Trois, on doit dégager de nouvelles ressources.
»

L’AFP confirme ce positionnement de Chérèque. Parlant de la réforme gouvernementale de 2003, qui avait été marquée par un allongement de la durée de cotisation de 37,5 annuités à 40 pour les fonctionnaires et de 40 à 41 pour tous les salariés, l’AFP indique : « François Chérèque défend toujours cette réforme et souhaite même que l’on revienne à son “esprit” en allongeant éventuellement encore la durée de cotisation, mais sans toucher à l’âge légal à 60 ans. »

Selon Jean-Louis Malys, le responsable retraite de la CFDT, « les mêmes militants sont capables d’assumer la réforme de 2003, qui a allongé la durée de cotisation avec des contreparties, et huer la décision de repousser l’âge de la retraite ».
L’AFP commente : « Cette fois encore, la CFDT n’est pas hostile à une nouvelle prolongation de la durée d’activité pour une retraite à taux plein, mais sous condition.
Les congressistes voteront sur ce point jeudi.
Il s’agit de “peser” sur l’issue de la réforme et de “ne pas fermer toutes les portes”, a souligné Gaby Bonnand, membre de la direction sortante.
»

Mais que vaudrait un âge maintenu formellement à 60 ans si la durée de cotisation augmentait encore ? Le montant des retraites (et des pensions pour les fonctionnaires) est fonction du nombre d’annuités.
Déjà, aujourd’hui, à cause des contreréformes de 1993 pour le privé et de 2003 pour les fonctionnaires, appuyées par la CFDT, de nombreux salariés sont confrontés à un choix dramatique : soit partir à 60 ans, mais avec une pension amputée, soit reporter au-delà de 60 ans l’âge de départ à la retraite.
A quoi aboutirait un nouvel allongement de la durée de cotisation ? A des pensions encore plus amputées et à un report de l’âge effectif de départ à la retraite.
Comme on le voit, sur le fond, Chérèque n’a pas changé. Alors, à quoi sert tout ce tintamarre présentant Chérèque comme « le nouveau “Monsieur non” » ? A justifier cette phrase, citée par l’AFP, d’un dirigeant de la CFDT : « L’intersyndicale ne tient que parce qu’il y a un axe CFDT-CGT » ?

Daniel Shapira

Catégories: Archives d'IO, Arguments du POI, Dossiers du POI, Vie politique en France, z*** Reprise de l'ancien site (janvier 2012)

Recevez nos informations

Subscribe to our RSS feed and social profiles to receive updates.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 832 autres abonnés